Rares sont ceux qui ont une certitude quant à leur vocation ou à la voie qu'ils souhaitent emprunter. Nous arrivons dans le monde, un peu perdus, un peu déboussolés, avec ce besoin fondamental d'être guidés. Cette réalité est évidente durant l'enfance, lorsque le nourrisson dépend entièrement des adultes qui l'entourent. À l'adolescence et au début de l'âge adulte, elle devient plus discrète, mais n'en est pas moins réelle : la jeunesse a besoin de repères, de modèles et, parfois, d'un mentor.
Le psychologue Erik Erikson explique que la jeunesse est une période de construction de l'identité (Identity: Youth and Crisis, 1968). Les jeunes cherchent naturellement des figures auxquelles s'identifier pour répondre à des questions essentielles telles que : Qui suis-je ? Que puis-je devenir ? À qui puis-je faire confiance ?
Il est donc inutile de réprimer ce besoin d'être guidé. En revanche, il est indispensable d'apprendre à reconnaître le véritable rôle d'un mentor, à distinguer un guide bienveillant d'une figure d'influence malsaine. C'est une compétence qui peut éviter bien des désillusions et permettre d'avancer avec plus de sérénité.
Dans cet article, nous tenterons d'apporter des éléments de réponse à travers quatre questions essentielles : quel est le rôle d'un mentor ? Que fait réellement un mentor ? Quelles sont les limites qu'il ne doit jamais franchir ? Et enfin, comment choisir celui qui saura véritablement vous aider à grandir ?
Cette première partie répond aux deux premières questions. La suite : les dérives à éviter et les critères pour bien choisir, t'attend dans la seconde partie.
Le mentor : d'où vient ce concept et quel est son rôle ?
Le mot « mentor » vient de la mythologie grecque.
Dans l'Odyssée, lorsque Ulysse part pour la guerre de Troie, il confie son fils, Télémaque, à un ami fidèle nommé Mentor. Celui-ci est chargé de veiller sur le jeune homme, de l'éduquer et de le préparer à devenir un bon dirigeant. Dans le récit, la déesse Athéna prend même parfois l'apparence de Mentor pour conseiller Télémaque avec sagesse.
Au fil des siècles, le nom propre Mentor est devenu un nom commun. Aujourd'hui, un mentor est donc une personne expérimentée qui guide, conseille et accompagne quelqu'un de moins expérimenté dans son développement personnel, scolaire ou professionnel.
Un mentor se différencie d'un professeur ou d'un coach dans la mesure où il ne se contente pas de transmettre un savoir ou d'aider à atteindre un objectif précis grâce à des méthodes et des exercices. Il s'appuie surtout sur son expérience de vie et accompagne la personne sur la durée, en lui offrant conseils, recul et encouragement.
Ainsi, lorsque quelqu'un dit : « Cette personne est mon mentor », cela signifie généralement qu'elle joue un rôle de guide de confiance dans son parcours.
Mais une définition, aussi juste soit-elle, ne suffit pas à comprendre toute la portée du mentorat. Dans la pratique, que fait réellement un mentor ? Comment son accompagnement se manifeste-t-il au quotidien ? Car être un mentor ne consiste pas simplement à donner des conseils de temps à autre : c'est adopter une posture, assumer une responsabilité et contribuer au développement d'une autre personne. Voyons donc plus concrètement ce qu'est un mentor et le rôle qu'il est appelé à jouer auprès de celui ou celle qu'il accompagne.
Que fait concrètement un bon mentor ?
Un mentor est avant tout un exemple. C'est une personne dont les valeurs, l'attitude et le parcours nous inspirent profondément. Quelqu'un pour qui nous nourrissons une véritable admiration.
C'est d'ailleurs là que réside tout le pouvoir à la fois constructif et destructeur du mentorat. Parce qu'il semble savoir ce que nous avons besoin d'apprendre pour devenir la personne que nous souhaitons être, nous lui accordons notre confiance. Et c'est précisément cette confiance qui lui permet de nous guider, de nous instruire et de contribuer à notre construction.
Le rôle du mentor se déploie en réalité sur deux dimensions. La première est d'ordre professionnel et personnel. Il aide le jeune à développer ses compétences, à mieux se connaître et, parfois, à choisir une voie en accord avec sa personnalité. Il lui fait profiter de son expérience, lui apprend à reconnaître les bonnes opportunités, à tirer des leçons de ses erreurs et à éviter certains pièges.
La seconde est un soutien humain et psychologique. Un bon mentor sait écouter avant de conseiller. Il rassure lorsque le doute s'installe, encourage sans flatter et aide le jeune à prendre, puis à conserver, confiance en lui. Il l'accompagne également dans l'identification de ses forces afin qu'il apprenne à les exploiter pleinement, mais aussi de ses faiblesses pour apprendre à vivre avec elles, à s'y adapter ou, lorsque cela est possible, à les dépasser. Enfin, et surtout, il lui sert de modèle. Car un mentor enseigne autant par sa manière de vivre que par ses paroles.
C'est ce que confirme la psychologue Kathy Kram, dont les travaux fondateurs sur le mentorat distinguent précisément ces deux dimensions : une fonction de carrière : parrainage, exposition, coaching, missions stimulantes, et une fonction psychosociale : modèle de rôle, écoute, reconnaissance, amitié. Un mentor qui ne fait que transmettre des connaissances est un professeur. Un mentor qui ne fait qu'encourager est un ami. Le mentor réunit les deux : il transmet un savoir, mais aussi une manière de voir le monde et de s'y tenir.
Parce qu'il occupe une telle place dans la vie d'un jeune, un mentor exerce inévitablement une grande influence. Pourtant, il ne faut jamais oublier qu'il reste un être humain. Lui demander d'être parfait serait irréaliste. Ce qui fait la valeur d'un mentor n'est pas son infaillibilité, mais son humilité. Sa capacité à dire : « Je me suis trompé. » « Je ne sais pas. » Ou encore : « Cherchons ensemble. » Ces quelques mots empêchent le jeune de tomber dans l'illusion que son mentor serait une sorte de divinité dont chaque parole devrait être acceptée sans réflexion.
Car le rôle d'un mentor n'est pas de penser à la place de son protégé. Il est de lui apprendre à penser par lui-même. Son objectif n'est pas de créer un disciple, mais de former un adulte libre, capable de marcher seul. Et c'est peut-être là le plus intéressant paradoxe du mentorat : un mentor réussit pleinement lorsque, un jour, son mentoré n'a plus besoin de lui.
« Le bon enseignant est celui qui se rend progressivement inutile. » — citation largement attribuée à Thomas Carruthers.
Mais cette influence, aussi bénéfique soit-elle, exige des limites. Lorsqu'un mentor oublie que son rôle est de faire grandir au lieu de contrôler, la relation devient une emprise. Quelles sont donc les frontières qu'un mentor ne devrait jamais franchir ? C'est ce que nous verrons dans la seconde partie de cet article.
La suite : les dérives du mentorat et comment bien choisir le sien →
Lire la seconde partieTu as buté sur un mot ?
Fonction psychosociale (Kram)
Dans la théorie de Kathy Kram, c'est le volet du mentorat tourné vers la confiance en soi et l'identité du mentoré plutôt que vers sa carrière : écoute, acceptation, modèle de rôle, amitié. En savoir plus
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Sources
Erikson, Erik H. Identity: Youth and Crisis. W. W. Norton & Company, 1968.
Kram, Kathy E. Mentoring at Work: Developmental Relationships in Organizational Life. Scott, Foresman, 1985.