Motscoeur
Poèmes, journaux, lettres, réflexions personnelles : des mots dont on prend l'entière responsabilité, mais qui pourraient vous parler.
Le rythme de l'être
Les humains avancent par vagues.
Un jour calmes, songeurs, goûtant la mélancolie comme un vin reposé ;
le lendemain, débordants de joie, emportés par l'envie de vivre,
et parfois, dans un même souffle,
nous frôlons l'abîme et nous demandons si tout cela en vaut la peine.
La raison peut guider, les murs peuvent protéger,
et pourtant même les murs les plus solides ne peuvent apaiser le pouls de l'être.
Ils protègent des attentes, du jugement, des malentendus,
mais ils ne protègent pas du flux et du reflux de la vie elle-même.
La mélancolie s'attarde plus longtemps que le bonheur,
son poids doux et patient,
un port tranquille dans la tempête des émotions passagères.
La joie éclate puis s'efface ; le désespoir s'invite sans prévenir.
Tout cela danse sur le même spectre,
un rythme que nous n'avons pas choisi,
mais auquel nous ne pouvons échapper.
Le silence est tentant.
Il offre une liberté loin de l'exposition, de l'erreur, du regard des autres.
Exister sans être vu, coexister sans besoin d'être connu,
voilà un sanctuaire, fragile et rare.
Et pourtant, même dans la solitude, le faible appel du lien murmure encore,
nous rappelant qu'être humain n'est jamais tout à fait maîtrisable.
Peut-être que la valeur n'est pas une mesure fixe.
Peut-être réside-t-elle dans l'oscillation elle-même,
dans la montée et la chute de l'espoir et du désespoir,
dans les courants changeants de la joie, de la mélancolie, et du recueillement silencieux.
La vie est une musique qui avance sans jamais s'arrêter,
et chaque note, aiguë, douce, dissonante ou suave, compte
parce qu'elle est ressentie, vécue et témoignée.
Chevaucher ce rythme, c'est vivre.
L'observer, sans chercher à le maîtriser,
c'est peut-être suffisant.